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Témoignage: La vie d'expatrié en Tunisie au temps du coronavirus

04 May, 2020 08:00  Expat Interviews Expat Interviews

BlogExpat.com a décidé de recueillir les témoignages d'expatriés confinés aux quatre coins du monde.
Voici une carte postale "de confinement" en provenance de
Tunisie.

Maryam from dattamar.comJe m’appelle Sylvia, mon nom de plume est Maryam sur mon blog. Je suis de nationalité française et depuis 2 ans, j’habite dans le Sud de la Tunisie, dans une oasis appelé Bechni, aux bords du désert, dans le Chott el-Jérid. Mais, en mars, j’ai dû me rendre un peu plus haut, sur l’île de Djerba un peu avant que le confinement soit décrété….

Tout a été très vite. Le gouvernement tunisien a pris les mêmes mesures de confinement qu’en France, à peu près à la même date. Nous avons été invité à rester chez nous à partir du 20 mars.

L’Île a été mise en isolement complet. En 3 jours, les bacs pour rejoindre la terre ferme ont été supprimés et l’unique route bloquée par la police. L’aéroport a été fermé une semaine plus tard. L’Ambassade de France a déconseillé de partir mais à la forte demande de français expatriés ou non mais désirant rentrés en France, elle a contacté la société Air France et ils vont procéder ,dans les jours qui viennent, à un vol par semaine au départ de Tunis.

Avant le 20 mars, mes amis et famille m’ont bien suggéré de revenir en France me rappelant que si je tombais malade, les structures médicales étaient plus modernes, mieux équipées et de plus grande capacité.

C’est vrai. Mais sachant qu’un voyageur craignait plus encore de contacter le virus Covid-19 à travers tout le trajet jusqu’à son arrivée chez lui, j’ai préféré ne pas bouger.

Et je pense avoir bien fait.

Les régions ont été coupées les unes après les autres assez rapidement. Dans le Sud du pays, vers Kébili (la ville de Bechni est à côté), Gabès, Tozeur, Gafsa, un grand nombre de la population a fuit leur village pour se réfugier dans le désert et ainsi se protéger du virus.

J’ai su que quelques personnes ayant pu quitter l’Île juste avant le confinement se retrouvaient mises en quarantaine dans la région où elles avaient pu se rendre.

Maintenant, la police règne afin qu’il n’y ait pas des allées et venues non nécessaires à travers le pays.

Mais ce qui a fait une grande différence et j’en remercie le gouvernement tunisien est que le confinement a été décrété avant même le premier cas recensé. Bien évidemment, nous savions tous qu’il était fort probable d’une contamination outre Méditerranée. D’ailleurs le premier cas de coronavirus a été détecté quelques jours après le confinement chez un tunisien revenant d’un voyage en Italie. Mais la mortalité reste très faible par rapport aux pays du Nord, 38 à ce jour.

Comme le gouvernement nous l’a fortement conseillé, je ne sors que pour faire quelques courses alimentaires. Ayant la chance d’avoir une voiture, je peux aisément prendre tout ce qu’il me faut pour un minimum de 15 jours.

Dans les supérettes, tous les employés sont masqués et gantés. Et nous avons droit à notre dose de gel Hydro-alcoolique dans les mains avant de pénétrer dans le magasin avec un maximum de 6 personnes. J’ai même vu un employé vaporiser les marchandises de produits désinfectants.

Les petits magasins d’alimentation, quant à eux, et ils sont nombreux, n’ayant pas « ce luxe » de pouvoir prendre toutes ces précautions, ne font plus entrer la clientèle. Ils ont mis une sorte de comptoir, le plus souvent leur glacière devant la porte et servent un à un les clients.

Les pharmacies, qui restent ouvertes bien sûr mais dans lesquelles on ne peut pas entrer, ont fabriqué un système de guichet devant leur porte. Ainsi l’employé ganté vous donne ce dont vous avez besoin à travers un trou dans un plexiglass.

Nous n’avons pas besoin de papier pour sortir mais devons avoir une raison valable ou urgente. Comme la plupart de mon entourage, je ne sors que pour l’alimentation. Il y a eu d’ailleurs, au début du confinement et pendant une quinzaine de jours,, une  pénurie de semoule et de farine.

Les gens sont assez disciplinés. Ils portent tous soit un masque, soit un foulard qui couvre le nez et la bouche. C’est le plus souvent le cas des femmes qui mettent leur voile ainsi.

Le couvre feu avait été décrété de 18h à 6h mais pour le mois du Ramadan, il a été un peu assoupli et il commence désormais à 20h. Le fameux marché « spécial Ramadan » avec ses fameuses pâtisseries orientales, ses citronnades ou son pain « fait maison » sera pour la première fois fermé.

Les sirènes grondent, comme en temps de guerre pour nous rappeler l’heure du couvre feu. Mais aussi pour nous rappeler qu’il faut se dépêcher à rentrer chez nous. Nous ne devons pas traîner. Et cela est bien explicite pour le bien de tous.

Il y a quelques jours, le gouvernement a prolongé le confinement jusqu’au 3 mai en nous mettant en garde contre l’après. Un relâchement trop rapide de notre vigilance pourrait nous être fatal.

Il n’y a bien sûr plus de bus et les seuls taxis qui ont le droit de circuler sont ceux qui sont propriétaire de leur véhicule.

Nous sommes sur une île touristique, les hôtels sont fermés, les restaurants et les cafés aussi même pour le mois du Ramadan. En fait tout est fermé sauf les pharmacies, les magasins d’alimentation et l’hôpital. Beaucoup de gens sont donc sans emplois ou ont un manque à gagner certain. Le gouvernement a versé une prime pour les plus démunis mais il y a encore beaucoup à faire. Je sais que les expatriés, comme moi-même sont solidaires et laissent volontiers des marchandises à leur intention quand nous faisons nos courses.

Le temps est donc au ralenti…

Mais mon métier de blogueuse m’a permis de m’adapter rapidement à un emploi du temps qu’il a bien fallu remodeler.

J’avais l’habitude de voir mes amis, mais aussi des artisans afin de leur écrire des articles, également les personnes de mon association dans laquelle nous oeuvrons pour un tourisme solidaire... J’ai bien peur que cet été, le tourisme soit bien triste.

C’est tout de même un défi de tous les jours que de ne pas tomber dans une routine passive et déprimante. Mais par bonheur, je ne suis pas totalement enfermée, j’ai un petit  terrain avec des poules…Et ma chienne que vous voyez sur la photo. Hé oui, la plage est bien désertique…J’y suis juste passée quelques minutes car nous sommes invités à rentrer chez nous.

Enfin, j’ai des nouvelles régulièrement de ma famille et amis via Messenger. Ce sont ces moments difficiles qui permettent aussi de nous rapprocher les uns des autres.

Je souhaite à tous que vous fassiez preuve de courage, de positivité et de gratitude.

Sud de la Tunisie - dattamar.com

Retrouvez Maryam sur son blog dattamar.

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