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Témoignage: La vie d'expatrié en Inde au temps du coronavirus

20 April, 2020 12:00  Expat Interviews Expat Interviews

BlogExpat.com a décidé de recueillir les témoignages d'expatriés confinés aux quatre coins du monde.
Voici une carte postale "de confinement" en provenance de
Gurgaon, en Inde.

Gurgaon, Inde à la fin mars 2020 - indiansamourai.com

Avez-vous songé à rentrer en France (ou dans votre pays d'origine) ou avez-vous décidé de rester dans votre pays d'expatrié ?

Les règles de l’ambassade de France en Inde sont assez claires : pour l’instant, ils organisent le rapatriement des touristes et autres voyageurs de courte durée. Les résidents sont invités à rester, sauf problème de santé bien particulier. Du coup, je n’ai pas trop pensé à partir. Je ne sais même pas si la France rapatrierait mon Indien de mari aussi !

Et puis il y a un décalage de l’épidémie entre l’Inde et la France. Alors que la France se confinait, on regardait ça de loin ici. Maintenant que c’est notre tour on rigole un peu moins. C’est sûr qu’au niveau des infrastructures sanitaires, l’Inde n’arrive pas à la cheville de la France, mais, vu de loin, la cheville de la France ne me tente pas non plus en ce moment. Smile Résultat : pour l’instant nous restons, notre vie est ici.

Quelles sont les consignes mises en place dans votre pays de résidence ? Y a--il un confinement total ? Partiel ? Comment la population réagit-elle?

Un confinement national a été déclaré le 25 mars, puis reconduit le 14 avril jusqu’au 3 mai. C’est, à ma connaissance, l’un des confinements les plus stricts qui aient été mis en place. Et il est respecté, à coups de bâtons de bambou quand il faut. Ce qui est assez incroyable vu le nombre d’Indiens (1,3 milliards) et leur nature (incline à contourner les règles).

Un policier de Chennai qui fait une campagne « innovante » pour encourager les gens à rester chez eux - indiansamourai.comMais les gens ont peur maintenant. Le Premier Ministre leur a dit que s’ils sortaient de chez eux, ils allaient mourir, et pire tuer leur famille. Et quand ils osent sortir, pour aller gagner leur croûte par exemple, ils ont peur de se faire taper dessus par des policiers soit trop zélés soit épuisés et dépassés.

Depuis début avril, une 2ème phase a commencé, avec le sealing : quand une zone a plus de 6 cas avérés, elle est scellée avec des barricades et plus personne ne sort. Toute livraison a été stoppée, hors essentiels (nourriture et médicaments). Les mouvements inter-états ont rouvert mais il y a un manque de main d’œuvre. C’est d’ailleurs là que le bât blesse, la main d’œuvre, souvent journalière, qui s’est retrouvée sans transition sans emploi, sans rien à manger, sans argent, et souvent sans abri où dormir. Beaucoup ont voulu rentrer chez eux. Et puis il y a tous ceux qui vivent entassés dans les bidon-villes où respecter la distanciation sociale est simplement impossible. Bref, la situation de confinement est terrible dans un pays pauvre.

Quelle est votre opinion personnelle sur la façon dont la pandémie est actuellement gérée dans votre pays de résidence ? Et quel est votre regard en comparaison avec ce qui est fait en France (ou dans votre pays d'origine) ?

Comme en France, on ne teste quasiment pas les gens. Comme en France, on a un dirigeant pour qui la pandémie est tombée à pic dans un contexte social en ébullition (gilets jaunes, retraites d’un côté, soulèvements inter-religieux et politiques de l’autre). Comme en France, l’Inde manque d’équipements médicaux. Mais je pense que la comparaison s’arrête là.

C’est beaucoup plus strict en Inde, il y a moins de débats, on ne parle pas d’impact économique, le Gouvernement essaye juste de gagner du temps. Je ne saurais dire ce qu’il faut faire dans un pays comme l’Inde, où les villes sont surpeuplées, où l’accès à l’eau est limité (notamment pour se laver les mains), où les infrastructures hospitalières sont largement insuffisantes, où l’argent manque. Ici, l’État ne paiera pas de chômage partiel, il peine déjà à approvisionner les gens en riz et en blé.

Êtes-vous au chômage (partiel ou forcé) ou travaillez-vous à domicile (et dans ce cas, comment gérez-vous le quotidien) ?

J’ai de la chance de bosser de chez moi depuis février 2019. Travaillant dans l’alimentaire, et en phase de développement de l’activité, si tout est ralenti, ce n’est pas catastrophique dans mon secteur. Pour l’instant en tout cas. Smile

Si vous avez des enfants, comment se passe l'enseignement à domicile ? De nombreux parents rencontrent des difficultés, comment cela se passe-t-il pour vous ?

J’ai un fils de 5 ans. Comme il est en dernière année de maternelle Montessori, il n’a pas de cours – le concept n’existe pas chez Montessori, où les enfants font des « activités » à leur gré.

On le fait un peu lire, écrire et calculer. Il a une « classe » de français quotidiennement avec ma famille en France. Ça le décoince pour parler français – il est plutôt anglophone – et ça resserre les liens avec nos proches ! Sinon il veut juste leur montrer ses dernières galipettes…

On a de la chance d’avoir une nounou qui vit avec nous depuis qu’il a 6 mois. Ça aide beaucoup à le garder occupé, notamment quand elle lui fait faire la poussière ou arroser les tomates !

Comment gérez-vous la relation avec votre famille dans votre pays d'origine ? Les appelez-vous plus souvent ? Et avez-vous plus de contacts avec vos amis ? Avez-vous mis en place des groupes vidéo sur les réseaux sociaux ? Quels types de messages échangez-vous ? En quoi cela vous aide-t-il à mieux vivre le confinement ?

J’appelle beaucoup plus ma famille, notamment avec les cours de français de mon fils mais pas que. Je garde le contact avec mes amis, beaucoup lisent mon blog et suivent à peu près où j’en suis alors c’est à moi d’appeler si je veux avoir des nouvelles !

Je discute un peu avec les voisines quand elles passent près de la porte de mon jardinet, histoire de parler avec des « vrais gens ».

Mais globalement, comme le moral est déjà bon, qu’on a de l’espace pour vivre, qu’on a une routine et chacun nos trucs à faire, je vis plutôt bien le confinement. Sauf les jours où je suis crevée, que je vois des vidéos des pauvres indiens qui errent en mourant de faim, là j’ai des larmes et des bouffées d’angoisse que je réprime assez vite pour pouvoir continuer à vivre tout en aidant comme je peux.

Gurgaon, Inde à la fin mars 2020 - indiansamourai.com

Retrouvez Indian Samourai sur son blog.

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