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Du Bordelais à Nagoya : Rill in Japan

06 September, 2018 08:00  Expat Interviews Expat Interviews

Rill in Japan - RideOn m’appelle Rill. Je suis une bordelaise de 28 ans. Cela fait maintenant près de 4 ans que je vis au Japon, dont la plus grande partie dans la ville de Nagoya, en centre de l’archipel. Je suis, entre autres, une passionnée de littérature, de moto, de gastronomie populaire, mais aussi d’anthropologie japonaise.

J’écris le blog « Rill in Japan » depuis près de 8 ans, afin de romancer sans enjoliver, mais avec humour le Japon qui me plait : Le Japon réel, celui de la vie quotidienne, avec bonnes et mauvaises surprises culturelles et humaines. J’essaie d’y donner des clefs de compréhension de la société japonaise moderne au travers de nouvelles humoristiques. J’aime aussi beaucoup faire des concours postaux, afin de pouvoir interagir avec mes lecteurs.

1. Pourquoi êtes-vous partis à l'étranger ?

C’est en bougeant pour de nombreux stages (Allemagne, Canada, Angleterre, Îles Canaris…) que j’ai réalisé à quel point la France est un pays confortable, presque trop simple. Je me suis toujours doutée que la vie quotidienne dans n’importe quel pays avait son lot de découvertes négatives et de coups durs.

Le Japon a été une évidence dès mon tout premier voyage de travail en 2010. Il faut dire que j’ai commencé l’apprentissage de la langue très tôt, car comme beaucoup, j’étais passionnée de manga depuis l’adolescence. Je suis toujours étonnée par la sensation de bien-être qui m’enveloppe à chaque retour au Japon. Je me sens à ma place, dans l’ordre naturel des choses, chez moi, malgré une vie quotidienne pleine de complications liées à mon statut d’étrangère.

Je pense réellement que l’adage « les voyages forment la jeunesse » est un fait. On se retrouve alors seul face à ses propres travers, on apprend à se faire confiance, cerner ses limites. Ce que l’on obtient, on ne le doit qu’à soi.

Plus encore chaque retour en France est un petit supplice. Je me rends compte à quel point la culture japonaise déteint peu à peu sur mon cerveau : je ne supporte plus les grèves des transports, les espaces publics sales, les retards dans les rendez-vous, je rouspète contre le manque de toilettes et l’état lamentable de celles que je trouve… Mais je suis heureuse que mes proches aient accepté mes choix.


2. Comment vivez-vous  ?
J’ai déménagé il y a peu dans une vieille maison japonaise des années 30, afin de pouvoir vivre avec mon chat Magnus-Musashi, car 80% des baux de location interdisent les animaux de compagnie.

Je suis actuellement chargée de communication dans une auberge de jeunesse du centre de Nagoya depuis deux ans. Même si 90% de mon travail consiste à cuisiner pour le restaurant de l’auberge, j’organise le reste du temps des évènements divers visant à promouvoir la compréhension interculturelle entre les voyageurs et les locaux. Mon salaire n’est pas très élevé, mais c’est malheureusement surtout inhérent à la taille restreinte de mon entreprise et des prix pratiqués secteur du tourisme et de la restauration dans ma préfecture (Aichi) et pour un poste non qualifié. Une fois les charges salariales, la mutuelle et les impôts prélevés à la source, je touche en moyenne 1200€ par mois pour 45 heures de travail.

J’ai l’impression de travailler beaucoup : l’industrie de l’hospitalité ne connaît ni weekends ni jours fériés. Pourtant en réalité, je dépasse rarement le quota prévu par mon contrat de 40 heures par semaine, plus 5 heures supplémentaires payées d’office. Ce qui est fatigant finalement, c’est de n’avoir presque jamais deux jours de repos d’affilée, mais plutôt éparpillés dans la semaine de façon aléatoire. Il faut sans cesse choisir entre se reposer ou sortir, et souvent le choix numéro un s’impose. Sourire à la Japonaise toute la journée demande beaucoup d’énergie !

Je ne dispose que du minimum de jour de congé par an défini par la loi : 10 jours par an. C’est vraiment peu. D’autant que même si je peux les prendre quand je le décide, je vérifie tout de même que cela ne gêne pas mes collègues : il faut que quelqu’un puisse prendre ma place en cuisine. Et je dois être sûre d’en garder deux ou trois sous la main, en cas de maladie par exemple. Ce qui ne laisse pas beaucoup de marge de manœuvre.

Lorsque j’arrive à obtenir deux jours d’affilée, mon petit plaisir consiste à partir en moto pour explorer les environs, en passant la nuit dans une nouvelle auberge de jeunesse à chaque fois. J’en profite bien évidemment pour aller boire dans un petit bar  le soir, et prendre mon petit déjeuner dans un café de quartier ! S’il y a un bain public ou une source chaude dans les parages, c’est encore mieux !

J’envisage de changer prochainement de métier pour me consacrer à l’interprétariat professionnel, afin de mieux valoriser mes compétences trilingues, améliorer mes conditions de travail et mon niveau de vie. Jusqu’à présent je dois avouer que je manquait un peu de confiance en moi. Mais sous les encouragements (insistants) de mon entourage j’ai fini par me lancer. La suite dans quelques mois !

3. Est-ce que vous appelez souvent votre pays d'origine, et comment ?
Non pas tant que ça, car je suis devenue indépendante assez jeune. Dans ma famille, l’adage, c’est : pas de nouvelles, bonnes nouvelles.

Bien entendu, je reste connectée de loin à mes  amis via Messenger ou Instagram, mais je n’appelle ma famille sur Skype qu’une fois par mois maximum. La plus active cependant, c’est ma grand-mère : Je reçois au moins un message par semaine.

Au grand dam de mes proches, je reconnais faire partie de ces gens peu recommandables qui ne jugent pas nécessaire de répondre à chaque message. Il peut parfois se passer des jours voire des semaines avant que je prenne le temps de répondre…

En revanche, je suis une grande adepte d’art postal et j’envoie très régulièrement des cartes ou petits colis bourrés de surprises à mes amis ou ma famille, voir même aux lecteurs de mon blog. Je trouve toujours une raison d’envoyer des bricoles. Chaque lettre reçue, d’où qu’elle émane est forcément récompensée par une surprise postale!

J’ai découvert récemment le hashtag #Penpal sur Instagram, et dès que le style de quelqu’un me plait, je lui envoie une demande d’échange de lettres. Ma boîte aux lettres n’est jamais vide !

4. Quelle est la chose que vous préférez en tant qu'expat au Japon ?
Le calme de la ville. Nagoya est une très grande ville, mais elle est encore épargnée par le tourisme de masse qui frappe Tokyo, Kyoto ou Osaka. Et, pourtant, elle se trouve en plein milieu de ce triangle d’or du tourisme : il est très facile de se rendre dans les trois ville sus-nommées, ainsi qu’à la mer ou à la montagne. C’est une ville où il fait bon vivre, où les gens sont travailleurs et peu habitués à côtoyer des étrangers.

on truc préféré, c’est d’entrer dans les petits cafés le matin et les Izakaya (bistrots) le soir, pour aller discuter avec les locaux : C’est selon moi le meilleur moyen d’apprendre à vivre en harmonie avec son quartier et sa ville, et bousculer gentiment les préjugés des séniors, qui sont souvent très curieux une fois les formalités passées.

5. Quelle est la pire des choses pour un expat au Japon ?
Ne jamais sortir de son groupe d’expatriés, refuser d’apprendre le japonais sous prétexte que s’est trop compliqué. Pour moi c’est comme rendre les armes en disant « la culture japonaise est de toute façon trop compliquée pour que je la comprenne. »

J’ai croisé trop d’expatriés parfois devenus aigris et hautains après plusieurs années de vie dans l’archipel, devant leurs difficultés à échanger avec des locaux. À mon sens, on ne peut pas affirmer connaître un pays dans lequel on a habité plus de deux ans si ne l'on n'a pas appris les rudiments de la conversation dans la langue locale. La motivation, c’est ce qui fait la plus grande différence dans l’intégration.

6. Qu'est ce qui vous manque le plus ?
Les fruits et les légumes à bas prix. Cela peut paraître bizarre, mais on se rend compte à quel point la France a la chance de pouvoir produire ses propres denrées. Au Japon, avec le manque d’espace, c’est beaucoup plus compliqué, et un grand nombre de produits sont importés, avec des taxes à l’import très élevées. D’autant que la société accepte encore mal les produits dont l’aspect n’est pas « parfait », il y a donc beaucoup de gaspillage : les prix sont exorbitants, et le choix est vraiment limité. Le budget nourriture « saine » est vraiment plus important qu’en France.

Pour moi qui suis plutôt du genre bio et flexitarienne (consomation de viande très réduite), cela rend les choses compliquées. Il faut parfois faire plusieurs kilomètres pour se procurer des produits sans pesticides ou en agriculture raisonnée. Cela gâche un peu l’effet recherché.

7. Qu'avez vous fait pour rencontrer du monde et vous intégrer dans votre nouvelle vie ?
Habiter en colocation, fréquenter régulièrement les bars et les cafés locaux, rejoindre des groupes d’entraide sur Facebook, travailler en tant que bénévole au centre international de la ville. En commençant par les groupes internationaux, mais en avançant rapidement vers les contacts locaux. Rentrer inopinément dans des commerces de proximité et parler avec le plus de gens possible, même si la langue semble une barrière. Il faut s’accrocher. L’amitié sincère avec les Japonais prend plus de temps à mettre en place qu’en Europe (parfois plusieurs mois ou années !). Par contre, une fois acquise, ce sont des amis d’une loyauté sans faille.

Une fois mon réseau japonais suffisamment étendu, j’ai commencé naturellement à prendre contact avec d’autres expatriés français ou européens, car cela fait parfois du bien de ne pas avoir à se justifier de tout. C’est aussi le meilleur moyen de se constituer un réseau local solide et efficace pour tous les tracas du quotidien.

Mais je fais tout même attention à ne pas me laisser attirer par la facilité : je continue à voyage seule et sans GPS, à adresser la parole à de nouvelles personnes, et à entretenir mes contacts japonais. Cela demande beaucoup d’énergie, mais cela vaut vraiment le coup. C’est notamment de cette façon que j’ai trouvé différents travaux vraiment intéressants, ou même ma belle maison japonaise de 80m2 en plein centre-ville, pour un loyer absolument dérisoire !


8. Quelle est l'habitude que vous trouvez la plus étrange dans votre culture d'adoption ?
Par où je commence ?!
Morceaux choisis :
- Balayer le trottoir devant chez soi, jusqu’à l’arroser d’eau quotidiennement pour garder la fraicheur autant que chasser le malheur.
- Acheter les haricots verts par paquets de 10 haricots.
- Payer pour stationner un vélo. Une moto.
- Ne jamais laisser un supérieur ou un ami se servir un verre seul dans un bar. C’est à vous de surveiller son verre pour le remplir avant qu’il n’en fasse la demande.
- Payer une taxe chaque année pour la possession d’une moto.
- Séparer le papier et le carton dans le tri sélectif.
- Les éboueurs qui ne prennent vos déchets que s’ils sont dans le sac transparent de la bonne couleur et déposé directement sur la chaussée. Laissez-les sur le perron et ils seront encore là à votre retour.
- Interdire jusqu’aux poissons rouges ou tortues dans un contrat de bail.
- Laisser les bébés dormir entre les deux parents jusqu'à la puberté.
- Suspendre son linge à l’intérieur de la maison même en été pour ne pas déranger les voisins.
- Ne pas toujours parler de sa vie privée à ses amis. J’ai appris un jour qu’une amie de longue date allait se marier, je ne savais même pas qu’elle avait un copain durant toutes ces années !
- Laver les déchets au produit vaiselle avant de la recycler.
- Faire la queue pour attendre le métro ou le bus.
- Voler les parapluies !
Et il y en a tellement d’autres…

9. Qu'est-ce qui est un mythe sur votre pays d'adoption ?
Rien. Tout est vrai, seulement il faut beaucoup relativiser.

Car comme il est de notoriété publique que la culture japonaise connaît de nombreux extrêmes, les médias étrangers ont une forte tendance à déformer la réalité éhontément.
Il s’agit souvent de choses très marginales qui sont passées pour généralisées : comme, par exemple, les distributeurs de petites culottes usagées : il n’en existe que dans des magasins pour adultes hyperspécialisés (et carrément louches !), ou plus récemment les chauffeurs de bus en grève qui auraient continué leur service sans faire payer les usagers : il s’agissait en fait d’une protestation de l’entreprise entière contre l’arrivée sur le marché d’un concurrent encore moins cher dans une petite ville : un acte isolé et largement déformé par les médias européens.

Le problème est essentiellement lié à la barrière de la langue, qui rend quasiment impossible de vérifier les informations. C’est la porte ouverte à toutes les exagérations.

10. Quel avis donneriez-vous aux autres expatriés ?
Si vous comptez vivre au Japon, apprenez les rudiments du japonais. La découverte de l’autre passe d’abord par l’apprentissage de son moyen d’expression. Cela vous ouvrira un nombre de portes incroyables et fera de votre immersion une réelle expérience enrichissante pleine de belles rencontres, vous évitant de passer au Japon comme un néophyte dans une galerie d’art contemporain : « je n'ai rien compris, mais c’était joli »!

11. Quand et pourquoi avez vous débuté votre blog ?

En premier lieu, j’ai écrit pour donner des nouvelles à ma famille et à mes amis lors de ma première année de visa-vacances-travail en 2010. Mais je me suis dit que quitte à raconter ma vie, autant éviter que ce soit ennuyeux ! J’ai donc commencé à écrire chaque article en essayant de tenir mon lectorat en haleine ou à le faire rire. Et devant les retours très positifs, j’ai fini au fil des années par développer un cercle de lecteurs assidus et impatients !
J’essaye au plus que possible, de parler avec sincérité de la culture japonaise, sans essayer de l’embellir comme le font nombre de médias sur le sujet. Je pense que ce n’est pas rendre service aux gens que de créer une image trop idéaliste d’une culture, quelle qu’elle soit. Bien sûr, je reste éperdument amoureuse du Japon et je souhaite communiquer cette passion. Mais comme dans toute relation, il y a des choses que l’on doit accepter telles qu’elles sont. C’est ce que j’essaye d’expliquer dans mes nouvelles.

12.  Quels bénéfices avez vous trouvé au travers de votre blog ?
En cherchant sans cesse à faire découvrir Rill in Japan à de nouveaux lecteurs, je suis tombée sur un tas de communautés qui m’ont parfois été vraiment utiles. Je me suis aussi fait de nombreux nouveaux amis bloggeurs, ou des lecteurs. Certaines personnes ont même prévu une escale à Nagoya dans leur voyage, pour venir me rencontrer ! Je leur suis infiniment reconnaissante. Comme je publie parfois des articles en plusieurs parties pour garder un peu de suspens, recevoir plusieurs messages me demandant la suite et la meilleure récompense que je puisse espérer !

A bientôt sur Rill in Japan !

Rill in Japan - Kimono

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